Guide

C2PA, Content Credentials : le standard qui veut authentifier images et vidéos

Qui a créé ce fichier, avec quel logiciel, à partir de quelles sources : le standard C2PA attache cette information au fichier lui-même. Fonctionnement, adoption et limites.

C2PA (Coalition for Content Provenance and Authenticity) est une spécification technique ouverte qui permet à un fichier — image, vidéo, audio ou PDF — de déclarer sa propre provenance. Elle est portée par la Content Authenticity Initiative, une coalition lancée par Adobe et qui réunit aujourd’hui plus de 6 000 membres, dont la BBC, plusieurs agences de presse et, depuis 2025, France Télévisions. Sous le nom commercial “Content Credentials”, elle en est à sa version 2.4, publiée en avril 2026.

Techniquement, un fichier compatible C2PA embarque un manifeste : un bloc de métadonnées signé cryptographiquement qui contient plusieurs types d’information. Le “claim generator” identifie le logiciel ou l’appareil qui a produit le manifeste. Les informations de signature indiquent qui a signé le fichier, avec quel certificat, et à quelle date. Les “ingrédients” listent les fichiers sources utilisés pour produire le résultat final — utile pour tracer un montage ou une composition. Les “assertions”, en particulier celles préfixées “c2pa.actions”, enregistrent l’historique des modifications (recadrage, retouche, génération). Un champ spécifique, le “digital source type”, peut préciser si le contenu a été entièrement généré par un modèle d’IA entraîné (“trainedAlgorithmicMedia”) ou seulement composé à partir d’éléments générés (“compositeWithTrainedAlgorithmicMedia”).

La signature cryptographique permet à un lecteur de vérifier l’intégrité du manifeste et de lui attribuer un état de validation : “Trusted” quand le signataire est reconnu par une autorité de confiance, “Valid” quand la signature est structurellement correcte sans que ce signataire soit vérifié, ou “Invalid” quand le contenu a probablement été modifié après signature.

L’adoption progresse désormais au niveau matériel, pas seulement logiciel. Le Google Pixel 10 signe par défaut chaque photo prise avec l’appareil, en s’appuyant sur la puce de sécurité Titan M2 pour la clé et sur le processeur Tensor G5 pour l’horodatage local. Côté professionnel, le camescope Sony PXW-Z300, annoncé à l’IBC 2025, a été le premier à signer nativement en C2PA au moment de la capture — une différence importante avec un logiciel de montage qui ne peut que déclarer ce qu’on lui dit, sans garantie sur l’origine réelle du contenu.

Le standard a des limites structurelles. Un manifeste peut être perdu lors d’une conversion de format, d’une capture d’écran ou d’un simple recadrage effectué avec un outil non compatible — sa disparition ne signifie donc pas qu’il y a eu tentative de dissimulation. Et un manifeste présent ne certifie que ce que l’outil signataire a choisi d’y déclarer : C2PA documente une chaîne de provenance revendiquée, il n’analyse pas le contenu du fichier pour détecter, par lui-même, des signes de génération par IA.

Lire le manifeste C2PA d'un fichier →

Formats concernés

Voir aussi

Sources

Dernière mise à jour :